149-0 Texte non paru au Journal officiel 1295
Direction des routes
Circulaire no 2001-65 du 18 septembre 2001 relative à lorganisation de la maîtrise douvrage et de la maîtrise duvre pour laménagement du réseau routier national
NOR : EQUR0110187C
PJ. : annexe.
Le ministre de léquipement, des transports et du logement à Mesdames et Messieurs les préfets (directions départementales de léquipement) ; Mesdames et Messieurs les préfets de région (directions régionales de léquipement ; centres détudes techniques de léquipement ; centres interrégionaux de formation professionnelle) ; Messieurs les inspecteurs généraux territoriaux ; Messieurs les inspecteurs généraux spécialisés dans le domaine routier ; Messieurs les inspecteurs généraux spécialisés dans le domaine des ouvrages dart ; Monsieur le directeur du service détudes des routes et autoroutes ; Monsieur le directeur du centre détudes sur les réseaux, les transports, lurbanisme et les constructions publiques ; Monsieur le directeur du centre détudes des tunnels ; Monsieur le directeur du laboratoire central des ponts et chaussées.
Lobjet de la présente circulaire est de fournir des indications sur les dispositions à adopter pour mener les études et la conduite des travaux daménagement du réseau routier national, dans le cas où il est envisagé de recourir à des moyens externes à ladministration.
1. Rappel des textes en vigueur
La loi no 85-704 du 12 juillet 1985 modifiée, dite loi « MOP », relative à la maîtrise douvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise duvre privée, simpose aux services qui auront recours à des prestataires extérieurs, dans les conditions qui seront précisées ci-après.
Cette loi a reçu plusieurs textes dapplication : le décret no 93-1268 du 29 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise duvre confiées par des maîtres douvrage publics à des prestataires de droit privé est complété par larrêté du 21 décembre 1993 précisant les modalités techniques dexécution des éléments de mission de maîtrise duvre.
Le décret no 2001-210 du 7 mars 2001 institue un nouveau code des marchés publics. En particulier, son article 74 est spécifique à la maîtrise duvre.
La note dinformation no 94-AF-055 du 10 mai 1995 (direction des routes) est relative à la délimitation des missions de maîtrise duvre pouvant être confiées à un maître duvre privé en cas de réalisation ou de réhabilitation des routes nationales.
La circulaire du 5 mai 1994 de la direction des routes définit les modalités délaboration, dinstruction et dapprobation des opérations dinvestissement sur le réseau routier national non concédé.
La circulaire du 22 décembre 1992 relative à « la qualité de la route » et les annexes 1 à 10 qui laccompagnent précisent des éléments de méthode de travail et de répartition des rôles des différents intervenants.
2. Conditions de recours à des moyens
externes à ladministration
Les moyens dont vous disposez doivent vous permettre de continuer dassurer, dans la plupart des cas, lensemble des tâches de maîtrise duvre. Cest dailleurs aux moyens propres de ladministration quil convient de recourir en priorité en recherchant, au besoin, la mutualisation entre services.
Dans les cas où les moyens dont vous disposez vous obligeront à faire appel aux concours de prestataires extérieurs pour mener à bien les opérations, ceux-ci devront sinscrire dans le cadre fixé par la loi no 85-704 du 12 juillet 1985 et ses textes dapplication.
3. Dispositions à adopter en cas de recours
à des prestataires extérieurs
3.1. Lapplication au cas des investissements routiers des concepts de maîtrise douvrage et de maîtrise duvre, auxquels la loi fait référence, fera ultérieurement lobjet de précisions sur le contenu et larticulation de chacun dentre eux.
La détermination du tracé et des caractéristiques principales de linfrastructure concernée est sans aucun doute un élément déterminant de la responsabilité du maître douvrage.
Je vous demande de ne désigner de maîtres duvre extérieurs à ladministration que pour des phases du projet postérieures à la déclaration dutilité publique, et plus précisément, après avoir achevé dintégrer dans le dossier de lopération les conclusions tirées de linstruction mixte et de lenquête dutilité publique, et notamment les engagements de lÉtat.
Ce nest en effet quà ce stade que lon dispose dun niveau de précision suffisant sur les caractéristiques de lopération à réaliser pour passer dans de bonnes conditions un marché de maîtrise duvre avec des partenaires extérieurs.
3.2. Dans les phases antérieures à la déclaration dutilité publique, lexercice de vos responsabilités de maîtrise douvrage vous conduira souvent à requérir des concours extérieurs pour assurer diverses prestations. Mais vous ne confierez pas de mission de maîtrise duvre à un prestataire extérieur. Le pilotage et la coordination de lensemble de la démarche, dune part, la responsabilité des tâches de concertation et de négociation, dautre part, devront être assurés, au sein du service sous votre responsabilité sans possibilité de les déléguer à un intervenant extérieur. Les concours externes dont vous pourrez avoir besoin pour mener chaque projet jusquà la fin de lenquête dutilité publique seront sollicités dans le cadre de marchés publics de services (se référant généralement au CCAG-PI). Fixer le tracé et les principes de lintégration environnementale sont, en effet, une responsabilité publique majeure que je vous demande dassurer directement sans recourir, à ce stade, à une maîtrise duvre extérieure.
3.3. La préparation du programme joue un rôle central dans léconomie de la loi « MOP ». Avant de préparer un marché de maîtrise duvre, le maître douvrage définit dans le programme les objectifs de lopération et les besoins quelle doit satisfaire ainsi que les contraintes de toutes natures quil entend voir respecter. Le programme constitue la base du contrat quil passe avec le maître duvre.
Lapplication de la loi MOP aux infrastructures routières revêt certaines particularités. Je vous demande de préparer le programme dans les conditions précisées ci-après :
Le programme est généralement constitué du dossier de lopération, complété au fur et à mesure de lavancement des études qui permettent de préciser le tracé et les caractéristiques principales.
Le programme détaillé de lopération ne sera pas arrêté avant que la localisation de louvrage soit fixée (tracé, emprise), pour permettre dy intégrer les résultats des enquêtes publiques diverses, et notamment de lenquête parcellaire. Le programme sera constitué en outre des spécifications générales et des contraintes particulières que vous estimerez utiles dimposer au maître duvre.
3.4. Je vous recommande déviter de confier à un seul prestataire extérieur lensemble de la maîtrise duvre dopérations complexes ou difficiles : elles présentent le plus souvent la particularité de comporter des ouvrages particuliers possédant leur cohérence fonctionnelle, leur unité de conception propre ou faisant appel à une compétence spécifique (ouvrage dart, aire annexe ou de service, ensemble des équipements dexploitation, centre dentretien, etc.). Ceci permet de définir convenablement le programme associé, pour lequel la problématique dunité de conception a un sens.
Tout en conservant, au sein du service, la responsabilité de la cohérence et la coordination densemble, vous avez la possibilité de confier à un maître duvre extérieur lun ou lautre de ces ouvrages particuliers. Les dossiers constituant les programmes correspondants seront à constituer à partir du dossier densemble de lopération, pour lessentiel sous forme dextraits.
Les opérations ne revêtant pas de caractère de complexité ou de difficultés particulières pourront faire lobjet dune mission densemble de maîtrise duvre extérieure.
3.5. Je rappelle que les marchés de maîtrise duvre peuvent porter sur un ou plusieurs éléments de mission, ou sur une mission complète. Il nest pas exclu que plusieurs maîtres duvre se succèdent soit sur une opération, soit sur un ouvrage particulier. Cependant si vous faites appel à une maîtrise duvre de conception et à une maîtrise duvre de travaux différentes, je vous recommande de veiller à une certaine permanence de lintervention du maître duvre de conception concerné jusquà la fin de lexécution des travaux afin dassurer la continuité de la conception de louvrage.
Dans tous les cas le marché devra préciser les missions et les responsabilités du maître duvre.
3.6. Le Code des marchés publics issu du décret du 7 mars 2001, applicable à compter du 10 septembre 2001, précise dans son article 74 les nouvelles modalités dattribution des marchés de maîtrise duvre. Des dispositions particulières sont introduites pour les ouvrages dinfrastructures : la procédure du concours, qui reste possible, nest pas obligatoire. Au-delà du seuil de 200 000 euros HT, vous aurez recours, en fonction du montant de lopération de maîtrise duvre et du contenu des prestations confiées, soit à la procédure de concours, soit à la procédure de lappel doffres, soit plus rarement à celle du marché négocié, dès lors quelle est justifiée au regard des dispositions du code des marchés publics.
Vous réserverez la procédure des marchés de définition (article 73 du code des marchés publics) à des cas exceptionnels dopérations complexes, ce qui est le cas par exemple des chantiers de réhabilitation lourde de voies urbaines dont le tracé nest pas modifié.
Vous trouverez ci-joint une annexe qui complète les orientations générales de la présente circulaire.
Je vous demande de bien vouloir me faire connaître sous le timbre DR/MS les difficultés dapplication que vous pourriez rencontrer pour la mise en uvre de ces préconisations.
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Pour le ministre et par délégation : Le directeur des routes, P. Gandil |
Annexe à la circulaire no 2001-65 du 18 septembre 2001 relative à lorganisation de la maîtrise douvrage et de maîtrise duvre pour laménagement du réseau routier national
Contexte et objet du document
La mise en uvre du XIIe plan conduit certains services déconcentrés à faire face à un volume dinvestissements routiers nettement plus élevé quau cours du XIe plan.
La direction des routes a mené avec le SETRA une étude sur lorganisation des services en matière de maîtrise douvrage et de maîtrise duvre dont les résultats seront communiqués séparément.
Le présent document a pour objet :
– dune part, de fournir aux services quelques orientations générales sur la clarification des rôles et des responsabilités, notamment sur limportance du rôle du maître douvrage ;
– dautre part, au cas où les services auraient à solliciter des prestations du secteur privé, de leur donner des indications détaillées sur les conditions de ces interventions, et plus particulièrement sur certains points relatifs aux modalités dattribution et de suivi des contrats de maîtrise duvre.
Il comprend 5 chapitres :
1. Orientations générales : application de la loi du 12 juillet 1985 dite « loi MOP » et de la circulaire du 5 mai 1994, importance du programme, clarification des missions du maître douvrage et du maître duvre, conditions de recours à des prestations externes.
2. Rôle du maître douvrage : formalisation de la commande, élaboration du programme, pilotage du maître duvre, attribution des travaux, suivi des travaux, bilans dopération.
3. Modalités dattribution de la maîtrise duvre : marchés de maîtrise duvre, article 74 du code des marchés publics, appel doffres dans le cas général.
4. Prestations réalisées par le maître duvre.
5. Suivi et contrôle de la mission du maître duvre.
1. Orientations générales
Des textes de portée législative et réglementaire rappelés ci-dessous encadrent lactivité des services qui, par ailleurs, appliqueront les recommandations faites par note et circulaire mentionnées ci-après :
– la loi no 85-704 du 12 juillet 1985, modifiée par la loi 88-1090, relative à la maîtrise douvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise duvre privée, dite « loi MOP » sapplique aux infrastructures. Elle porte sur la maîtrise douvrage publique et sapplique aux interventions de lEtat dans le cadre de laménagement du réseau routier national. Elle fixe les conditions dintervention de la maîtrise duvre privée dans ses relations avec la maîtrise douvrage publique. Le décret no 93-1268 pris pour son application le 29 novembre 1993 et lannexe III de larrêté du 21 décembre 1993 définissent le contenu de chaque élément de mission de maîtrise duvre qui peut être confié à la maîtrise duvre privée et les règles qui sy rattachent (rémunération, engagement du maître duvre sur les coûts). Larrêté ouvre la possibilité de compléter la prestation par des éléments de mission complémentaires dassistance ;
– le décret no 2001-210 du 7 mars 2001 institue un nouveau code des marchés publics. En particulier, son article 74 est spécifique à la maîtrise duvre ;
– la note dinformation du directeur des routes du 10 mai 1995 délimite les missions de maîtrise duvre pouvant être confiées à un maître duvre privé en cas de réalisation ou de réhabilitation des routes nationales ;
– la circulaire du 5 mai 1994 qui définit les modalités délaboration, dinstruction et dapprobation des opérations dinvestissement sur le réseau routier national non concédé reste dactualité. Les procédures prévues dans ce texte, relèvent de la logique des opérations dinfrastructures routières et doivent être respectées pour permettre à chaque intervenant dassurer ses attributions (DR, DRE, DDE, IGR...). Toutefois il faudra tenir compte du fait que la dénomination et le contenu des trois phases détudes ne correspondent ni au vocabulaire, ni aux éléments des missions adoptés par le décret 93-1268 du 29 novembre 1993 pris en application de la loi 85-704 du 12 juillet 1985 modifiée, dite loi « MOP » ;
– la circulaire du directeur des routes du 22 décembre 1992 relative à la qualité de la route et ses annexes précise des éléments de méthode de travail et de répartition des rôles des différents intervenants. Il appartient au maître douvrage de sorganiser et de se positionner, sagissant notamment :
– de la clarté des rôles et de la responsabilité de la maîtrise douvrage et de la maîtrise duvre ;
– des conditions de passation des marchés de prestations de services et de maîtrise duvre relatifs aux investissements routiers.
1.1. Clarté des rôles et des responsabilités
Limportance de la part dactivité prise en charge directement par les services, les a conduit, jusquà présent, à peu faire référence aux dispositions issues de la « loi MOP ». Le contexte ayant changé, les services ont de plus en plus souvent recours, en raison de leur plan de charge, à des prestations extérieures pour des études. Il leur est donc nécessaire dutiliser les dispositions de la « loi MOP » du 12 juillet 1985 précitée et du code des marchés publics.
a) Limportance du programme :
Lélaboration du contenu du programme résulte dune obligation édictée par larticle 2 de la loi du 12 juillet 1985 (loi MOP).
Le programme constitue la base du contrat que le maître douvrage passe avec le maître duvre afin de permettre à celui-ci de lui apporter « une réponse architecturale, technique et économique ». Le maître douvrage définit dans le programme les données, le résultat quil veut atteindre, ses exigences, et les contraintes quil entend voir respecter.
Lapplication de ce concept aux projets routiers présente quelques difficultés dont lessentiel tient à la complexité de la procédure délaboration de ces derniers. Les services sont cependant invités à sy référer, dans les conditions précisées ci-après, cest-à-dire dune façon qui dépendra des options envisagées quant à lorganisation de la maîtrise duvre. Celle-ci dépendra de toute évidence de la complexité de lopération concernée et des moyens susceptibles dy être affectés.
b) Les concepts de maîtrise douvrage et de maîtrise duvre :
Quelques expériences ont été faites en recourant, dès lamont dune opération, à une maîtrise duvre externe.
Certaines difficultés, parfois majeures, sont apparues, liées pour la plupart à la désignation dun maître duvre, sur un objet non encore précisé.
Ces difficultés ont résulté :
– du caractère progressif, en infrastructures, de la définition et de la localisation de louvrage, avec impossibilité pour le maître douvrage de figer le programme en amont des phases de concertation avec les autorités locales, les riverains et les associations, alors que, au contraire, dans le cas des bâtiments, louvrage ne dépend, généralement, que des contraintes et des besoins du maître douvrage et de règles durbanisme connues ;
– de missions relevant de la maîtrise douvrage qui ont été, dans certains marchés, incluses de façon inappropriée dans la maîtrise duvre (concertation - communication - procédures foncières - instruction des procédures...).
Lapplication des concepts de maîtrise douvrage et de maîtrise duvre au cas des investissements routiers, et en particulier la définition du contenu exact de chacun des rôles, pose des problèmes importants. En attendant les résultats de la réflexion lancée par la direction des routes sur la répartition des rôles et des responsabilités, les services adopteront pour les opérations daménagement du réseau routier national la conduite simple suivante :
1o Jusquà la fin de la phase dutilité publique, cest-à-dire jusquà la fin de lintégration dans la conception du projet des éléments actés par le maître douvrage à lissue des procédures denquête, les études doivent être élaborées sous la responsabilité de la maîtrise douvrage. On considérera donc que la phase APS, au sens de la circulaire du 5 mai 1994, contribue à la définition du programme, lequel peut être complété après la clôture des diverses enquêtes publiques et de linstruction mixte, par les engagements de lEtat qui en découlent.
Cette étape permet au maître douvrage dexercer une de ses responsabilités fondamentales, à savoir préciser sa commande par la définition dun programme permettant au maître duvre daccomplir pleinement sa prestation et de respecter ses engagements sur le coût prévisionnel des travaux si sa mission le prévoit.
2o La passation dun marché de maîtrise duvre dinfrastructure ne deviendra pertinente quà lissue de létape précitée. La mission du maître duvre extérieur débutera donc au stade du projet, au sens de la circulaire du 5 mai 1994. Toutefois, si nécessaire, elle pourra commencer par lélément de mission de maîtrise duvre « études davant-projet », au sens de la loi MOP, consistant en lélaboration dun avant-projet sommaire modificatif (APSM, dans la terminologie de la circulaire du 5 mai 1994), intégrant les éléments de clôture de la phase des enquêtes publiques.
Cette répartition des rôles permettra déviter la remise en question des dispositions contractuelles dun marché de maîtrise duvre attribué trop en amont, sur un programme non abouti. En effet, une telle remise en question peut compromettre la validité des conditions dattribution du marché si des éléments importants de conception ayant conduit au choix deviennent caducs.
1.2. Conditions de recours à des prestations externes
a) Réserves particulières
Lexercice de la responsabilité de maîtrise douvrage pourra conduire à envisager davoir recours à des prestations externes multiples et diverses.
En tout premier lieu, il appartiendra aux services dexaminer systématiquement, les possibilités dintervention de lensemble des services du ministère (notamment celles du réseau technique, mais aussi, le cas échéant, celles dautres DDE) pour mettre en place une organisation compétente et choisir un processus adapté à lopération.
Dans lhypothèse où les interventions du secteur privé savéreront indispensables, il conviendra de veiller à assurer, au sein des services, le pilotage et la coordination de lensemble de la démarche.
Enfin, il faudra veiller à ne jamais confier à un intervenant extérieur les tâches de concertation ou de négociation qui ne pourront être menées que par un responsable susceptible dengager lEtat.
b) Aides à lexercice de la maîtrise douvrage
Pour les opérations daménagement du réseau routier national, les diverses prestations externes nécessaires pour mener chaque projet daménagement jusquà la fin de la phase de déclaration dutilité publique auxquelles pourra faire appel le maître douvrage contribueront à lexercice de sa mission de maître douvrage et, par conséquent, feront lobjet de marchés publics de services autres que de maîtrise duvre.
Les droits et obligations du maître de louvrage définis à larticle 2 de la loi du 12 juillet 1985 (loi MOP) imposent des compétences dans des domaines complexes et variés que le maître douvrage doit rechercher, en interne ou en externe, pour lui permettre de faire face à lensemble de ses responsabilités.
La loi ne soppose pas à ce que le maître douvrage fasse appel à une assistance extérieure pour laider à préparer ses décisions.
c) Maîtrise duvre externe chargée dune opération
Dans toute la mesure du possible, il est recommandé aux services de ne rechercher un maître duvre extérieur unique, chargé de lensemble des missions de maîtrise duvre confié à lextérieur, que pour des opérations daménagement du réseau routier national relativement simples.
Dans ce cas, le programme de lopération sera constitué pour lessentiel de lensemble du dossier de lopération ; il en constituera une version provisoire à la fin de la phase dutilité publique ; il en constituera la version définitive après achèvement de lintégration dans le dossier des enquêtes de toute nature (y compris lenquête parcellaire). Il sera constitué en outre des spécifications générales et des contraintes particulières que les services devront fournir au maître duvre. Dans ce cas le marché à passer sera un marché de maîtrise duvre.
d) Intervention de plusieurs maîtres duvre extérieurs
Les opérations complexes daménagement du réseau présentent le plus souvent la particularité de comporter des ouvrages ayant leur cohérence fonctionnelle et leur unité de conception propres : (ouvrage dart, aire annexe ou de service, ensemble des équipements dexploitation, centre dentretien, etc.). Tout ouvrage ayant une cohérence propre suffisante pour permettre de définir convenablement le programme correspondant associé, pour lequel la problématique dunité de conception a un sens, ou tout ouvrage faisant appel à une compétence spécifique est concerné.
Tout en conservant au sein du ministère la maîtrise de la cohérence et la coordination de lensemble, les services ont la possibilité de confier la maîtrise duvre de ces ouvrages particuliers à des maîtres duvre extérieurs. Les marchés passés avec ces maîtres duvre seront des marchés de maîtrise duvre au sens de larticle 74 du code des marchés publics du 7 mars 2001.
Dans ce cas le programme densemble de lopération devra naturellement préciser les interfaces et les contraintes qui simposeront à chaque prestataire titulaire dun marché de maîtrise duvre.
Les dossiers constituant les programmes des ouvrages indépendants seront élaborés à partir du dossier densemble de lopération, pour lessentiel sous forme dextraits, complétés par les données, les contraintes, les exigences, les spécifications fonctionnelles et techniques propres à louvrage concerné, les interfaces avec les autres maîtres duvre différents et par un volet particulier permettant dassurer et de vérifier la cohérence avec le dossier densemble de lopération.
Les marchés de maîtrise duvre peuvent porter sur un ou plusieurs éléments de mission, ou sur une mission complète (notamment pour les bâtiments). Il nest ainsi pas exclu que plusieurs maîtres duvre interviennent sur un même ouvrage, quil sagisse dune maîtrise duvre densemble dune opération ou dune maîtrise duvre sur un ouvrage particulier faisant partie dune opération mais ayant sa cohérence propre. Le cas échéant, il est possible de séparer la maîtrise duvre des études de la maîtrise duvre des travaux. Dans tous les cas, le marché devra préciser les missions, les prérogatives et les responsabilités du maître duvre au regard notamment des autres intervenants.
Il conviendra de veiller à nopérer ce découpage des missions de maîtrise duvre que sil est pleinement justifié par les caractéristiques et le déroulement prévisible de lopération, par des moyens que le service est en mesure dapporter, et sil permet dassurer la cohérence de lexercice des responsabilités de chacun des intervenants.
Il est de toute façon recommandé de veiller au maintien dun minimum de continuité de présence du concepteur chargé des études jusquà la fin de lexécution des travaux, notamment afin que la prise en compte du paysage et de lesthétique dans la conception des ouvrages soit conduite à son terme.
Il faut également rappeler quun contrat prévoyant différentes phases et des points darrêt suivis de validation sera de nature à permettre dassurer la qualité des relations entre le maître douvrage et le maître duvre et en conséquence de lensemble de lactivité.
2. Rôle du maître douvrage
Le rôle du maître douvrage est essentiel pour la réussite de lopération, quil sagisse de la qualité de louvrage ou du respect des coûts et des délais.
Il est important de rappeler que le maître douvrage est, et doit rester, le point darticulation de toutes les relations contractuelles entre les différents intervenants, à travers les mandats et missions quil leur a confiés.
2.1. Formalisation de la commande à la maîtrise duvre
a) Programme de louvrage
Le maître douvrage doit formaliser sa commande, dont le programme de louvrage est un élément essentiel.
Cette phase conditionne la qualité de lintervention de la maîtrise duvre. Il ne peut y avoir de bonnes réponses, techniques, financières ou architecturales que si les questions sont bien posées et les contraintes et les moyens clairement spécifiés.
A ce titre, le maître douvrage devra recenser, de la façon la plus exhaustive possible, les données, les contraintes, les besoins liés à lopération, et les traduire en exigences fonctionnelles propres à louvrage concerné.
Ainsi que le prévoit la circulaire du 5 mai 1994, le maître douvrage devra élaborer, avec éventuellement laide de prestataires extérieurs :
– le dossier géologique et géotechnique ;
– les données de trafic ;
– les limites physiques dimplantation et la prise en compte des servitudes ;
– les caractéristiques géométriques principales et la nature des échanges ;
– les contraintes techniques liées aux ouvrages (chaussées, terrassements, ouvrages dart, assainissement...) ;
– les données environnementales au sens le plus large, (paysages, impact urbain...) ;
– les contraintes financières et fonctionnelles (enveloppe, phasage, conditions dattribution et de réalisation des travaux, mises en service partielles...) ;
– les conditions dexploitation et dentretien ultérieur de louvrage...
La qualité du programme dépend, notamment, de la prise en compte des résultats des concertations et des consultations.
Enfin, le maître douvrage devra identifier les étapes et les échéances qui leur sont associées, et veiller à leur cohérence avec les cadres de planification et de programmation (contrats Etat-régions, etc.).
b) Elaboration progressive du programme
Lélaboration du programme dans le domaine des infrastructures est complexe et progressive, accompagnée de phases répétées de concertation
En matière routière, le programme saccompagne des études préalables concernant lensemble de lopération et chacun des ouvrages la composant visant notamment à localiser progressivement lespace dans lequel sera implantée linfrastructure. Il nécessite également la réalisation de documents graphiques permettant de visualiser celle-ci pour une bonne définition des « contraintes et exigences sociales, urbanistiques, architecturales, fonctionnelles, techniques et économiques, dinsertion dans le paysage, et de protection de lenvironnement, relatives à la réalisation et à lutilisation de chaque ouvrage de lopération ».
c) Moyens
Pour assurer cette mission essentielle de définition du programme et de planification de lopération, le représentant local de la maîtrise douvrage pourra trouver utile de mettre en place une équipe de maîtrise douvrage quil dirigera ou dont il confiera la direction à un proche collaborateur. Sil ne possède pas tous les moyens et les compétences au sein de ses services, il pourra sappuyer sur le réseau scientifique et technique (notamment les CETE) ou, à défaut, avoir recours à des prestataires extérieurs, dans les conditions décrites au chapitre Ier du présent document.
Lattribution de marchés dassistance au maître douvrage correspondants peut restreindre la possibilité pour leurs titulaires de concourir pour des marchés ultérieurs sur lopération, suivant limportance, la nature et létendue des missions qui leur sont confiées à ce stade. Le maître douvrage devra apprécier si le prestataire a pu recueillir, lors du marché antérieur, des informations susceptibles de lavantager. Le maître douvrage doit donner une information claire, à cet égard, aux candidats à ces marchés dassistance.
La procédure du marché de définition peut être utilisée pour la mise au point du programme et la définition du projet.
Cependant la réglementation impose une discipline de comportement de la part de la personne responsable du marché (PRM) permettant de respecter légalité de traitement des candidats et léquité des choix.
Mais seuls les prestataires bénéficiant dun avantage décisif du fait de leur participation à lélaboration du ou des marchés antérieurs doivent être écartés par la personne responsable du marché (PRM) pour la réalisation dun ou des marchés ultérieurs sur le même sujet (Conseil dEtat du 8 septembre 1995, no 118 010, commune dEvreux).
Pour un candidat, la liberté de faire acte de candidature à un marché public est limitée par les dispositions prévues aux articles 43 et 44 du code des marchés publics.
Par ailleurs, le code des marchés publics prévoit la possibilité, à la suite de plusieurs marchés de définition ayant le même objet et exécutés simultanément de confier sans nouvelle mise en compétition, un marché à lauteur de la solution retenue (art. 73 pour les marchés autres que de maîtrise duvre), de même quun ou plusieurs marchés de maîtrise duvre à lauteur ou aux auteurs des solutions retenues (art. 74-III).
Les dispositions de larticle 73 peuvent être utilisées dans des cas complexes pour désigner un assistant du maître douvrage (par exemple architecte paysagiste) qui assurerait une certaine continuité dans les dispositions concernant linsertion urbaine et paysagère tout au long du projet.
2.2. Les autres rôles du maître douvrage
a) Exécution du projet par le maître duvre
Le maître douvrage doit assurer le suivi contractuel et la réception des prestations du maître duvre.
Il devra donc organiser le suivi qualitatif de la prestation et garantir le lien avec les autres intervenants, quils soient ou non liés par contrat avec le maître duvre.
Cest le cas notamment du coordonnateur hygiène et sécurité dont le rôle est défini par la loi no 93-1418 du 31 décembre 1993 et le décret 94-1159 du 26 décembre 1994, mais aussi des services dentretien, de gestion et dexploitation de louvrage requis pour sa mise en service, et de linspection générale interne au ministère.
Le maître douvrage pourra se faire assister du maître duvre dans lorganisation de ses relations avec ces derniers, lors de réunions de travail ou pour la constitution de dossiers ; mais il ne devra en aucun cas déléguer les fonctions qui relèvent de sa responsabilité.
b) Attribution des travaux
Les conditions dattribution et la passation des contrats relèvent fondamentalement de la compétence du maître douvrage. Avant dengager lélément de mission « assistance pour la passation des contrats de travaux », le maître douvrage doit avoir structuré lallotissement des travaux en fonction de ses contraintes financières et fonctionnelles, déterminé les conditions de la mise en concurrence, notamment le type de procédure de passation des marchés, la nature et létendue des variantes, ainsi que les critères de choix des offres.
Si la mission de maîtrise duvre comporte lélément de mission « direction de lexécution du ou des contrats de travaux » (DET), il sera essentiel de définir au préalable les conditions de gestion de lassurance qualité des entreprises en précisant la démarche prévue dans le ou les fascicules du CCTG concerné. En effet, la présence sur le chantier et le suivi des travaux constituent une part significative du coût de la maîtrise duvre, et cela nécessite une mise au point lors de lélaboration du plan dassurance qualité (PAQ) conformément au schéma organisationnel du plan assurance qualité (SOPAQ) contractuel précisant notamment les rôles de chacun.
c) Suivi des travaux
Contrôles :
La culture des services du ministère a induit une pratique de suivi des entreprises, avec une présence importante de contrôleurs, et, parfois un amalgame entre le contrôle extérieur et le contrôle du maître duvre.
De même, le caractère « original » de chaque chantier dinfrastructure et lobligation dun contrôle in situ pour juger de la performance et de la conformité de la prestation se différencient fortement des pratiques du bâtiment où des produits manufacturés certifiés sont plus fréquemment mis en uvre.
Aujourdhui, les clauses relatives à la prise en compte de la démarche qualité figurant dans les fascicules du CCTG concernés par le marché de réalisation de louvrage clarifient et précisent les relations et actions des différents intervenants participant à lacte de construire.
Le contrôle qui relève de la maîtrise duvre est celui qui conduit à la proposition de réception au maître douvrage dans le cadre du CCTG et CCAG Travaux. Il comprend, a minima, la gestion du PAQ de lentreprise ainsi que lorganisation du contrôle extérieur et son analyse au regard des spécifications du marché.
Le plus souvent, le maître de louvrage mettra à disposition de son maître duvre les résultats du contrôle extérieur quil fera effectuer par le réseau technique, ou quil aura obtenus dans le cadre dun marché spécifique « contrôle extérieur » auprès dun laboratoire accrédité par le comité français daccréditation de la qualité (COFRAC).
Il sera toutefois utile de demander au maître duvre de préciser dans son offre ses besoins (ou exigences) en termes de contrôles extérieurs pour éviter la tentation dun transfert de charge de lune des fonctions sur lautre (le même risque existe entre contrôle intérieur et extérieur au niveau de lentreprise).
Dans certains cas, il pourra être envisagé dinclure le contrôle extérieur dans le marché de maîtrise duvre. Il faudra alors lidentifier en missions complémentaires aux éléments de mission MOP – Direction de lexécution des travaux (DET) et de lassistance apportée au maître de louvrage lors des opérations de réception ainsi que pendant la période de garantie de parfait achèvement (AOR). Il faudra aussi le définir dans son contenu et préciser sil fait lobjet de cotraitance ou de sous-traitance. Lauteur de la prestation est soit cotraitant au sein de léquipe de maîtrise duvre, soit sous-traitant, dans ce dernier cas, le maître duvre doit le faire accepter par le maître de louvrage.
Ordonnancement, pilotage et coordination de chantiers (OPC)
La loi du 12 juillet 1985 (loi MOP) et ses textes dapplication prévoient que cette mission puisse être intégrée à la maîtrise duvre. Le fait quelle soit confiée au maître duvre facilite la cohérence de son intervention et le renforce dans sa capacité à mener à bien le chantier (y compris quant au respect de lestimation).
En revanche, ne relèvent pas de la maîtrise duvre : lordonnancement et le pilotage global de lopération (procédures, acquisitions foncières, instructions, mises en service). Ces tâches incombent directement au maître douvrage. Elles nécessitent une implication forte de ses services dans la gestion de son ou de ses maître(s) duvre.
Contrôle topographique des travaux
Comme pour le contrôle extérieur, cette tâche est a priori exclue des missions de maîtrise duvre.
Toutefois, lidentification des besoins et lexploitation des résultats incombent au maître duvre puisquelles servent de base à lacceptation des travaux et à la vérification des projets de décomptes présentés par lentreprise.
Suivi contractuel et financier des marchés
Vis-à-vis des entreprises, le maître douvrage est le cocontractant des marchés et le maître duvre nintervient que dans le cadre des missions que lui a confiées le maître douvrage.
Il est donc essentiel que ce dernier prenne la juste mesure de son rôle, notamment dans les décisions ayant une incidence forte sur lobjet et les conditions économiques du marché.
La gestion financière de lopération et les règles de comptabilité publique donnent un rôle essentiel au maître douvrage. Celui-ci devra fixer une règle stricte des conditions de paiement des situations et la nature des justifications à produire par le maître duvre à lappui de ses propositions.
Cest dans cet esprit quil est rappelé limportance de la structuration des dossiers de consultation des entreprises (DCE de la mission ACT de la loi MOP) dans le mode de quantification des prestations.
Réception des travaux
Le CCAG Travaux stipule que cest le maître douvrage qui prononce la réception sur la base des opérations préalables effectuées par le maître duvre et de sa proposition.
Il importe que le maître douvrage soit très présent lors de cette étape fondamentale qui conditionne la mise en uvre des responsabilités et des garanties.
Il est rappelé que la loi du 12 juillet 1985 (loi MOP) et ses textes dapplication, prévoient dans lélément de mission « assistance lors des opérations de réception » (A.O.R), que le maître duvre doit :
– organiser les opérations préalables à la réception ;
– assurer le suivi des réserves formulées lors de la réception des travaux jusquà leur levée ;
– procéder à lexamen des désordres signalés par le maître de louvrage.
– constituer le dossier des ouvrages exécutés nécessaire à lexploitation de louvrage. Cet élément de mission ne se termine quà léchéance de la période de garantie.
Remise douvrage
Le rôle du maître douvrage comporte deux aspects importants vis-à-vis du maître duvre, dune part, et du futur gestionnaire dautre part (même si celui-ci fait partie de la même structure administrative) :
– vis-à-vis du maître duvre, il doit fixer le contenu du dossier des ouvrages exécutés, pour le rendre compatible avec les règles de gestion du domaine (ventilation par gestionnaire technique, adaptations des supports et formats des documents, ...) ;
– vis-à-vis du futur gestionnaire, il a lobligation légale (assortie de conséquences pénales) liée aux textes sur la coordination Hygiène et Sécurité, de lui remettre de façon formelle le dossier dintervention ultérieure.
La remise de louvrage devra constituer lachèvement dune démarche de concertation interne continue et dassociation régulière du ou des services gestionnaires. Elle a lieu après laboutissement des procédures dinspection et dautorisation préalable à la mise en service.
d) Evaluation :
Lévaluation et les bilans prévus dans la circulaire du 5 mai 1994 relèvent exclusivement de lexercice de la maîtrise douvrage, quand bien même le bilan financier résulte pour partie de lexécution de la mission de maîtrise duvre. Pour effectuer le bilan socio-économique et le bilan environnemental, le maître douvrage pourra sappuyer sur le réseau scientifique et technique pour effectuer les comparaisons avec lévaluation initiale et létude dimpact préalables à lenquête publique.
3. Modalités dattribution de la maîtrise duvre
Comme il la été rappelé auparavant, les conditions dattribution de la maîtrise duvre doivent résulter dune démarche densemble du maître douvrage sur lopération.
Dès lors que loption de recourir à un prestataire privé pour lexécution dun ou plusieurs éléments de mission de maître duvre sera prise, les conditions de passation du marché se feront en application de larticle 74 du code des marchés publics.
Pour le domaine de linfrastructure, contrairement au bâtiment, la loi du 12 juillet 1985 autorise le maître douvrage à attribuer tout ou partie des éléments de mission de maîtrise duvre (art. 7). Il conviendra cependant de confier les éléments permettant au maître douvrage de conserver une réelle maîtrise de la cohérence de lensemble et au maître duvre dassumer ses missions et ses responsabilités.
Larticle 74-II du code des marchés publics définit des seuils qui fixent les conditions dattribution des marchés de maîtrise duvre.
3.1. Les marchés de maîtrise duvre
Larticle 74 du code des marchés publics définit la maîtrise duvre et les procédures dattribution des marchés de maîtrise duvre :
La notion de maîtrise duvre citée dans larticle 74 du code des marchés publics va au-delà du champ dapplication de la loi MOP du 12 juillet 1985. Elle se définit par le contenu de la prestation. Il en résulte que, dès lors que ce contenu recouvre celui dun ou plusieurs éléments de mission tels quils sont définis par la loi précitée, il y a maîtrise duvre. Les services qui feront appel à des prestataires extérieurs pour les réaliser devront passer des marchés de maîtrise duvre.
a) Les procédures :
Trois niveaux de procédure sont retenus à larticle 74 du code des marchés publics en fonction des seuils.
Procédure de larticle 74 II.1
En deçà du seuil de 90 000 euros (HT), les marchés de maîtrise duvre peuvent être passés sans formalités préalables.
Les services pourront se limiter à consulter par écrit quelques maîtres duvre. Le contrat devra comporter les éléments requis par la loi MOP du 12 juillet 1985 et ses textes dapplication. La rémunération du maître duvre ne peut pas faire lobjet dun paiement sur facture.
Procédure de larticle 74 II.2
Dans cette procédure de marché négocié intervient lavis du jury. La personne responsable du marché (PRM) doit retenir au moins trois candidats pour négocier. Sagissant de marchés de lEtat, vous publierez lavis dappel public à la concurrence au Journal officiel des Communautés européennes (JOCE) dès lors que le seuil de 130 000 euros est atteint et vous justifierez dans ce cas le recours à la procédure de marché négocié.
La composition du jury est donnée à larticle 25 du code des marchés publics (CMP) : il convient de ladapter à la nature de la prestation demandée et aux critères de jugement, notamment en fonction de limportance relative à donner aux questions techniques à larchitecture, au paysage, et à lintégration des contraintes environnementales. Il convient en pratique de désigner plus de 1/3 de ces personnes qualifiées afin de pallier les éventuelles défections. En fonction des différents types de projets à réaliser, il est souvent utile davoir dans le jury des compétences internes ou externes en matière denvironnement et de paysage. Les membres du jury, choisis pour leur compétence, doivent être rémunérés. La personne responsable du marché peut également désigner pour participer au jury au maximum cinq personnalités dont elle estime que leur participation présente un intérêt particulier au regard de lobjet du marché. Dans le cas où il serait arrêté le principe de mettre en place un secrétariat technique spécifique (commission technique) auprès du maître douvrage, il y aura lieu de spécifier son rôle qui ne doit pas influencer lanalyse et lavis des membres du jury.
Procédure de larticle 74 II.3
En matière dinfrastructures, la personne publique nest pas tenue de recouvrir au concours, même si le seuil correspondant est atteint.
Si les services nont pas recours à la procédure du concours, la procédure utilisée au-delà du seuil de 200 000 euros sera dans la plupart des cas la procédure dappel doffres (dont la commission siège en jury). Toutefois, la procédure négociée selon les modalités prévues à larticle 74 II.2 pourra être utilisée lorsque les conditions sont remplies.
Quel que soit le type de procédure utilisé, il importe que le maître douvrage définisse clairement les règles quil entend voir appliquer, notamment pour la remise des offres, ou des prestations pour le concours, et se prémunisse contre toutes les imprécisions de rédaction qui pourraient conduire à une remise en cause du choix du lauréat.
Pour ce qui est du dossier de consultation des concurrents, il comportera bien entendu outre le règlement de consultation ou de concours, le programme (données, contraintes, exigences, besoins) et les pièces qui y seront annexées (études préalables, données géologiques, caractéristiques géométriques...) et le projet de marché.
Les services qui utiliseront la procédure du concours devront appliquer toutes les modalités (décrites aux articles 71 et 74 du code) relatives aux choix des candidatures et de lauteur du projet qui sera retenu. La règle dintervention du jury aux deux stades de la procédure (appel de candidature puis concours) devra être appliquée. Lanonymat, dès lors que le seuil dapplication de la directive « services » sera atteint, devra également être respecté. La règle dindemnisation obligatoire des concurrents sera aussi mise en uvre.
Les prestations à demander aux concurrents seront à adapter selon lopération envisagée. Elles pourront comporter la remise détudes préliminaires au sens de la loi MOP. Une proposition dhonoraires, en application de larticle 71 sera demandée sous enveloppe distincte.
Dans la procédure dappel doffres la commission siège en jury tel que défini à larticle 25 du code des marchés publics et jouera le rôle nouveau qui lui est donné dans la procédure dappel doffres pour les marchés de lEtat (ouverture des plis et enveloppes, enregistrement, avis sur les candidatures et les offres). Des critères annoncés et hiérarchisés, choisis au regard de lobjet de la prestation demandée, permettront à la personne responsable du marché de désigner comme attributaire du marché lauteur de loffre économiquement la plus avantageuse selon la procédure décrite aux articles 58 à 65 du code précité.
Rappelons également quil ne peut être demandé dans loffre un début dexécution de la prestation objet du marché, car il sagirait alors dune procédure de concours. Enfin, si toute négociation avec les candidats est interdite, la personne responsable du marché peut toutefois demander que la teneur de loffre soit précisée ou complétée. La mise au point des composantes du marché avec le prestataire retenu est possible, à condition quelle naffecte pas ses « composantes substantielles ».
La procédure négociée pourra être retenue lorsquelle pourra être justifiée en application de larticle 35 I.2 du code des marchés publics à savoir « lorsque la prestation de service à réaliser est dune nature telle que les spécifications du marché ne peuvent être établies avec une précision suffisante pour permettre le recours à lappel doffre ».
De même, selon larticle 74 III, lorsque plusieurs marchés de définition ayant le même objet ont été conclus à lissue dune même procédure et exécutés simultanément, il peut être confié sans nouvelle mise en concurrence, un ou des marchés de maîtrise duvre à lauteur ou aux auteurs des solutions retenues.
Cette procédure pourra exceptionnellement être utilisée notamment pour les études de requalification des voiries en zone urbaine impliquant des études complexe intégrant à la fois des contraintes techniques routières et des contraintes durbanisme.
b) documents à fournir par le maître douvrage :
Dans le cas dappel doffres, de concours ou de marché négocié, le maître douvrage doit fournir aux concurrents les éléments de programme (données, contraintes, exigences et besoins) nécessaires à leurs propositions. Cest le cas notamment des données géologiques, des contraintes dintégration et des besoins fonctionnels qui valideront les options techniques des structures douvrages et des caractéristiques géométriques ou encore les mesures dintégration et dexploitation.
c) Documents demandés aux concurrents :
La nature, le contenu et le format des documents demandés aux concurrents, précisés dans le dossier de consultation, doivent être adaptés à la procédure de dévolution utilisée, aux critères de choix des offres et à leur hiérarchie fixée par le maître douvrage. Ils devront permettre de valider les propositions des candidats lors de lanalyse des offres.
La remise de ces documents sera obligatoirement complétée par une proposition dhonoraires commentée.
d) Critères de jugement :
Les critères de choix des offres devront figurer dans lavis dappel public à la concurrence ou le règlement de la consultation (art. 53 du code des marchés publics) et être exhaustifs, non discriminatoires, et hiérarchisés pour faciliter le travail de classement du jury et éviter des propositions inadéquates de la part des candidats (dispositions architecturales hors contraintes techniques et financières pour les ouvrages dart importants, proposition de rémunération de la mission, ...).
3.2. Négociation
Il ne peut y avoir de négociation avec les candidats lorsque la procédure dappel doffres aura été choisie. La personne responsable du marché peut seulement leur demander de préciser ou de compléter la teneur de leur offre. Elle peut également mettre au point des composantes du marché avec le prestataire retenu.
Pour les autres cas la négociation devra se faire sur la base déléments remis par les candidats ou les lauréats.
Il conviendra dadapter la structuration du marché (tranches, délais, phasage et enchaînement des tâches, conditions de rémunération et de paiement du titulaire...) à la spécificité de lopération, notamment aux incertitudes de programmation et de financement, ainsi quaux échéances de procédure (Acquisitions foncières – Approbations – Consultations, ...), de réalisation et de mise en service.
Le recours à des tranches conditionnelles ou à des clauses de résiliation pourra être opportun.
Pour donner de la valeur aux engagements du futur maître duvre sur le respect du coût prévisionnel, le maître douvrage doit définir, aussi précisément que possible, le phasage de réalisation et les principes dallotissement. Ces deux éléments sont en effet fondamentaux pour le financement des études et des travaux, mais aussi pour fixer la rémunération du maître duvre. En cas dévolution, ils serviront de base de négociation pour la réévaluation de celle-ci.
4. Prestations réalisées par le maître duvre
La mission étant attribuée à lissue des phases de concertation, il pourra être utile de prévoir, avant lexécution des études de projet (au sens de la circulaire du 5 mai 1994), dintégrer les modifications à apporter à lavant projet sommaire (au sens de cette même circulaire), notamment à la suite des enquêtes publiques et des propositions faites par le maître duvre.
La prestation correspondante pourra être assimilée à un avant-projet sommaire modificatif (APSM) au sens de la circulaire du 5 mai 1994 et permettra ainsi de recevoir laval des services dinspection et des décideurs sur le projet qui sera détaillé par la suite.
Un certain nombre de précisions sont dautre part données ci-après :
Produits informatiques
La production de documents informatisés concerne la période des études, mais est indispensable également lors du récolement des travaux, en vue dune intégration à la gestion informatisée du patrimoine.
Sil ne peut être imposé un logiciel de conception, afin déviter de favoriser certains candidats, il est nécessaire de demander une production informatisée des documents à toutes les étapes (y compris intermédiaires) sur un support et sous un format compatible avec le matériel et les outils du maître douvrage.
Une telle exigence facilitera les relations avec le prestataire, notamment pour les étapes de contrôle et de validation mais aussi en permettant au maître douvrage deffectuer des extractions et sorties sélectives pour ses propres besoins (communication, concertation, instruction...).
Etudes dexécution et visa
Pour ces éléments de mission au sens de la loi MOP, les règles en vigueur dans les services restent valables.
Dans le cas où le maître douvrage prévoit des appels doffres avec variantes sur les matériaux ou sur les techniques dexécution, il pourra être envisagé que des entreprises réalisent en partie ou en totalité les études dexécution et que le rôle du maître duvre soit, pour ce qui les concerne, limité à leur visa.
En fonction de ses options, le maître douvrage pourra prévoir de répartir les études dexécution entre les entreprises et le maître duvre. Celui-ci en tiendra compte pour établir le devis quantitatif détaillé par lot lors de la préparation des dossiers de consultations des entreprises (DCE) dans lélément de mission « assistance pour la passation des contrats de travaux (ACT).
Quelle que soit lhypothèse retenue, il conviendra dy adapter les contrôles extérieurs et topographiques évoqués ci-dessus, ainsi que la structuration du plan dassurance qualité (PAQ) de lentreprise.
Plan dassurance qualité (PAQ) du maître duvre
Exigible sous forme de schéma organisationnel du plan dassurance qualité (SOPAQ) à lappui de loffre, il devra bien entendu être adapté au contenu exact de la prestation et respecter le cadre de lintervention fixé par le maître douvrage pour les autres acteurs.
Il y a lieu dinsister sur le rôle fondamental des représentants du maître duvre, mandataire et chef de projet (personne physique) dans la cohérence de létude et dans le pilotage de toutes les composantes de la maîtrise duvre. A ce titre, les circuits internes de transmission et de validation devront prévoir les phases de contrôle avant transmission au maître douvrage.
5. Suivi et contrôle de la mission du maître duvre
Le suivi, le contrôle et la réception des prestations doivent se faire dans le cadre contractuel et en prenant en considération la conformité au programme et aux spécifications du marché. Pour ce faire, il importe que le maître douvrage conserve, appuyé, le cas échéant, par le réseau scientifique et technique ou une expertise externe, une compétence technique, qui sera en outre mobilisée à loccasion des procédures de contrôle et de conseil internes au ministère.
Ce suivi ne devra évidemment pas se traduire par une ingérence de la maîtrise douvrage dans les responsabilités de la maîtrise duvre.
Il conviendra dans le marché de maîtrise duvre, denvisager et de structurer une forme de suivi continu et de contrôle extérieur de la production du maître duvre, de manière à gérer, en temps réel, les éléments établis par le titulaire et éviter les remises en cause tardives sur les prestations abouties.
Cette procédure, assez facile à mettre en place en phase détudes pourra être étendue en phase de travaux par un examen des résultats du contrôle extérieur, accompagnés du rapport danalyse du maître duvre.
Comme pour le suivi de travaux associé aux procédures de certification et de plan dassurance qualité (PAQ) (dont il est utile de sinspirer), il conviendra de définir par opération et par élément de mission, les points déterminants et les points darrêt, les conditions de contrôle interne du maître duvre et les principes de la vérification et de la validation par le maître douvrage.
Ces dispositifs relationnels entre le titulaire du marché et les services du maître douvrage doivent sintégrer dans les procédures et contraintes propres à ceux-ci (conseil intégré, approbation, concertations, procédures...).
Il ne faut pas négliger limportance quantitative et qualitative de ce travail.
Le recours à un maître duvre externe ne doit pas correspondre à un abandon des responsabilités du maître douvrage dans la conduite, le suivi et la qualité aussi bien des études que des travaux et dans la gestion de lopération. La qualité de la prestation dun intervenant externe est en relation avec celle de la commande et du suivi de lexécution du donneur dordre.
Engagement du maître duvre sur les coûts
Les modalités de rémunération du maître duvre sont précisées notamment par les articles 28, 29 et 30 du décret no 93-1268 du 30 novembre 1993 relatif aux missions de maîtrise duvre.
La notion de « coût dobjectif » utilisé anciennement dans le cadre de la réglementation de 1973 nexiste plus au sens de la loi du 12 juillet 1985 (loi MOP). Cette notion a été remplacée par celle de « coût prévisionnel des travaux ». Celui-ci est arrêté au plus tard avant le lancement de la procédure de passation du ou des contrats de travaux. Il est assorti dune marge de tolérance.
Un engagement sur ce coût peut être demandé au maître duvre si la mission qui lui est confiée le permet. Le montant de cet engagement ainsi que le seuil de tolérance seront précisés dans le marché. Le respect de cet engagement sera contrôlé à lissue de la consultation des entreprises de travaux. Si compte tenu de la marge de tolérance, le maître de louvrage observe un dépassement du coût prévisionnel des travaux, il peut demander, sans rémunération complémentaire, une reprise des études de projet afin dadapter la solution. En cas déchec, le maître de louvrage a la possibilité de résilier le contrat aux torts du titulaire. Une telle extrémité préjudiciable aux intérêts de chacune des parties doit être évitée autant que possible, en mettant en uvre et au besoin en renforçant les dispositifs relationnels mentionnés ci-dessus.
Un second engagement du maître duvre, porte sur les montants effectifs des travaux, lorsque la prestation comporte, en plus de lassistance pour la passation des contrats de travaux (ACT), les éléments de mission direction de lexécution des contrats de travaux (DET) et assistance pour les opérations de réception (A.O.R). Le respect de cet engagement est contrôlé après exécution complète des travaux nécessaires à la réalisation de louvrage en tenant compte du coût total définitif des travaux résultant des décomptes finaux et factures des entreprises. Le contrat de maîtrise duvre précise également ce deuxième engagement résultant des contrats de travaux passés par le maître de louvrage, le seuil de tolérance associé, et les modalités de calcul, en cas de dépassement, de la réduction qui ne peut excéder 15 % de la rémunération correspondant aux éléments de missions postérieurs à lattribution des contrats de travaux.